Dernier vestige de l'architecture militaire du Dauphiné, le "castrum Bressiacum" est campé sur une hauteur située en bordure de la plaine de Bièvre. Le château féodal de Bressieux témoigne encore par l'ampleur des ruines en briques roses de sa beauté primitive et du rôle militaire et social qu'il a joué dans le Dauphiné du Moyen-Age à la Renaissance.
Haut lieu de l'histoire de l'ancienne province dont l'occupation est attestée depuis l'époque néolithique, Bressieux fut, de l'an mil à la Révolution, siège d'un fief seigneurial important et l'une des quatre baronnies du Dauphiné. Grands Barons de la province, les seigneurs de Bressieux ont longtemps su préserver leur fief et leur indépendance. Puissants et respectés, ces derniers étaient les alliés des Dauphins et des Comtes de Savoie, ainsi que de toutes les grandes familles dominantes de la province. Ils ont été pendant les guerres d'Italie des alliés précieux des rois de France et ont alors transformé leur forteresse en résidence.
L'analyse conjointe des sources d'archives, des données de fouilles archéologiques et des vestiges monumentaux a permis d'appréhender un certain nombre de résultats probants. Le travail effectué lors des dix campagnes de fouilles, effectuées entre 1983 et 1992, a permis de retracer les grandes étapes de construction et de l'évolution du château de la fin du XI au XVIIIe siècle, et d'approcher le mode de vie de ses illustres occupants. Abandonné à la fin du XVIIIe puis régulièrement pillé, le château fut sauvé de la destruction complète grâce à son classement au titre des Monuments historiques en 1904 et la campagne de restauration qui s'en est suivie.
Les observations issues des campagnes de fouille, complétées par l'analyse du bâti et la dendrochronologie, montrent qu'entre la fin du XIe et le courant du XIIIe, le relief initial est totalement remodelé et que s'y succèdent 3 constructions : une possible fortification de bois (fin XIe), un édifice en galet (XIIe), puis, accompagnant la montée en puissance de la famille, un château de briques (fin XIIIe) d'une qualité architecturale incontestable où vocations militaire et résidentielle coexistent harmonieusement.
Le châtelet monumental et le puissant donjon entièrement voué à la défense sont insérés dans une longue enceinte de plan polygonal, sur laquelle sont adossés 3 corps de logis ouvrant sur la cour centrale, mettant en valeur la fonction résidentielle. L'analyse et la mise en oeuvre des matériaux de construction et de décoration (galets, briques, éléments de couvert, carreaux de sols glaçurés) de même que la mise à jour d'objets à vocation militaire et d'un abondant mobilier (vaisselle de terre, verrerie, objets métalliques, pièces de monnaies... ainsi que trois belles pièces de jeu d'échec datées de la première moitié du XIIIe siècle apportent un complément d'informations indispensable sur la vie au quotidien des divers occupants.
Par son rôle de prototype et de précision de sa datation, le château de brique de Bressieux constitue un repaire important pour l'étude de l'évolution de l'architecture castrale régionale. Destiné à devenir le centre de la circonscription seigneuriale (grande baronnie) et un point de défense important sur la frontière entre le Comté de Savoie (enclave de la Côte Saint-André) et le Dauphiné, le château de Bressieux a été construit sur un site propice à ses trois fonctions : de surveillance, d'administration et de résidence.
